À l'abri des regards

Recto 3me roman

Mardi 5 janvier. Les fêtes de fin d’année sont passées. Anaïs, mère de deux petites filles, est épuisée, elle ne parvient plus à faire semblant, à s’arranger pour faire croire aux autres, ainsi qu’à elle-même, que tout va bien, que sa vie lui convient. Elle décide de quitter son foyer pour quelque temps, afin de prendre un peu de recul, et se ressourcer. Quand on se perd, on devient égoïste, on ne pense plus qu’à soi, à sa survie : se retrouver, se retrouver en vie. Elle loue une chambre aux murs rouges chez Basile, un sexagénaire passionné par la taxidermie ; au fil des jours, des liens très forts vont se nouer entre eux.
Neuf mois dans l’intimité d’êtres bousculés par la vie
Quatre voix pour raconter une existence blessée
La petite musique d’Anne-Frédérique Rochat

 

Les premières lignes

"J’ai trente-six ans aujourd’hui. C’est mon anniversaire. Mon anniversaire, comme on dit.
Dans la rue, quelques sapins décharnés me regardent passer. Pour eux, la fête est terminée. Et pour moi ?
Une odeur de pluie et de goudron mouillé me serre le cœur. Une nausée. Peut-être pas ça. Pas le temps. Rien à voir avec le temps. Évidemment.
Mardi cinq janvier.
Je regarde ma montre : sept heures trente du matin.
Je ne suis pas encore née. Ma mère n’est pas encore décédée. Mon père a toujours l’espoir que l’heureux événement vienne au monde sans encombre. Le drame, c’est pour après.
Dans deux heures et quarante-cinq minutes. Je nais, je respire, je crie, je vis : elle disparaît.
En attendant, je nage dans les eaux calmes du Léthé, elle pousse, elle hurle, ses entrailles se déchirent, je cherche l’entrée, ou est-ce la sortie ?
J’arrange mon écharpe autour de mon cou, un vent froid et pervers s’immisce sous mes vêtements. Je fourre mes mains gantées dans mes poches, j’accélère la cadence.
J’ai rendez-vous dans une demi-heure au dix-huit rue des Cyprès, cinquième étage, à droite en sortant de l’ascenseur.
Pourvu que ça marche, pourvu que ça marche."

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Anne Frédérique Rochat

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